Inspirations orientales

 

Des orientalistes à Grenoble

 

L’intérêt pour l’Égypte et l’Orient, partagé en Europe dès le XVIIIe siècle, trouve son apogée au cours du XIXe siècle. À Grenoble, dès 1777, le legs de la collection des œuvres antiques des religieux de l’abbaye de Saint-Antoine en Dauphiné à la bibliothèque suscite l’intérêt des lettrés. Cette curiosité est confortée par l’expédition conduite par Napoléon en Égypte entre 1798 et 1801 à laquelle deux Dauphinois participent, le géologue Dolomieu et son assistant Dubois-Aymé.

 

Ile de Philae en Égypte, gravé par Jean-Baptiste Lepère, extrait de Description de l'Egypte, par Edme-François Jomard, H.125
Ile de Philae en Égypte
Gravure de Jean-Baptiste Lepère,
Extrait de Description de l'Egypte, par Edme-François Jomard
H.125

 

La Description de l’Égypte est l’un des trésors de notre patrimoine national. Cette publication, débutée en 1802 et achevée en 1829, réunit l’ensemble des études et observations faites par les 500 savants, ingénieurs et architectes qui ont participé à l’expédition d'Égypte. L’ouvrage compte neuf volumes de textes et onze volumes de planches. Les plus grandes d’entre elles mesurent plus de 1,30 mètre de long… Un monument littéraire et graphique.

 

Au début du XIXe siècle, Grenoble réunit ainsi des savants piqués d’Égypte et d’Orient comme Joseph Fourier. Parmi ceux-ci, Jean-François Champollion, dit Champollion le Jeune, reste le plus célèbre. Grâce à son érudition et l’étude de la pierre de Rosette, il parvient à déchiffrer les hiéroglyphes et fonde l’égyptologie.

 

Joseph Fourier, gravé par Pierre Gautherot, Pd.1 Fourier (1)
Joseph Fourier
Gravure de Pierre Gautherot
Pd.1 Fourier (1)

 

Joseph Fourier (1768-1830), mathématicien, participe à l’expédition d'Égypte avant d’être nommé préfet de l’Isère en 1802. Il est chargé de la rédaction de la préface historique de la Description de l’Égypte. Par l’intermédiaire de Jacques-Joseph Champollion, Fourier rencontre et encourage Jean-François Champollion dans ses recherches.

 

Jean-François Champollion, dit Champollion le Jeune, Pd.1 Champollion Jean-François (2)
Jean-François Champollion, dit Champollion le Jeune
Pd.1 Champollion Jean-François (2)

 

Jean-François Champollion (1790-1832) est originaire de Figeac dans le Lot. Il passe plusieurs années entre sa ville natale, Grenoble et Paris. À Grenoble, il étudie à l’École centrale (actuel collège-lycée Stendhal), puis il occupe un poste d’assistant à la bibliothèque et de professeur d’histoire à l’université. Champollion est considéré comme le père de l'égyptologie. Ses travaux sont en effet décisifs pour comprendre l’Égypte ancienne et appréhender son influence sur nos civilisations.

 

Lettre à M. Dacier relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques, par Jean-François Champollion, V.548
Lettre à M. Dacier relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques,
par Jean-François Champollion, V.548

 

Dans sa Lettre à M. Dacier relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques, Champollion expose les principes de l’écriture hiéroglyphique. Ce document est considéré comme l’acte de naissance du déchiffrement des hiéroglyphes. Il l’adresse à Bon-Joseph Dacier, secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qu’il a rencontré par l’intermédiaire de son frère. Pour parvenir à sa découverte, Champollion s’appuie sur sa fine connaissance des langues et sur la pierre de Rosette. Ce fragment de stèle gravé, conservé au British Museum de Londres, est découvert en 1799 lors de la campagne d’Égypte. Il présente trois versions d’un même texte en hiéroglyphes, égyptien démotique et grec ancien. Grâce à des recoupements, Champollion parvient à découvrir le système de déchiffrement des hiéroglyphes.

 

Monuments de l’Égypte et de la Nubie d’après les dessins exécutés sur les lieux, par Jean-François Champollion, H.21
Monuments de l’Égypte et de la Nubie d’après les dessins exécutés sur les lieux, par Jean-François Champollion, H.21

 

Jean-François Champollion déchiffre les hiéroglyphes en 1822, mais ne se rend en Égypte qu’en 1828-1829. Cet ouvrage, publié après sa mort en 1835 grâce à la persévérance de son frère aîné, Jacques-Joseph, rend compte des monuments observés et des inscriptions rencontrées au cours de son voyage.

 

Jacques-Joseph Champollion, Pd.1 Champollion-Figeac (1)
Jacques-Joseph Champollion, dit Champollion-Figeac
Photographie de Marie-Alexandre Alophe
Pd.1 Champollion-Figeac (1)

 

Jacques-Joseph Champollion, dit Champollion-Figeac (1778-1867), apporte, tout au long de sa vie, un soutien précieux à l’œuvre de son frère cadet Jean-François, dit Champollion le Jeune. Il l’accueille à Grenoble, suit ses études, le présente à différentes personnalités et l’introduit dans des cercles d’érudits. Après la mort précoce de Jean-François en 1832, il s’attache à faire publier ses travaux.

 

Nomination des frères Champollion comme bibliothécaires de la Ville, extrait du Journal du département de l'Isère, 4 mars 1812, U.9427
Nomination des frères Champollion comme bibliothécaires de la Ville
Extrait du Journal du département de l'Isère, 4 mars 1812
U.9427

 

Jacques-Joseph Champollion est bibliothécaire avant de prendre la direction de la bibliothèque de Grenoble entre 1812 et 1816. Jean-François l’assiste et réalise notamment le catalogue descriptif de la collection d’antiques léguée par les religieux de l’abbaye de Saint-Antoine en Dauphiné.

 

Le dévoilement du mystère des hiéroglyphes en 1822 suscite de nombreux dons à la bibliothèque jusqu’au début du 20e siècle. Avec le legs religieux de 1777, ces pièces constituent progressivement un Cabinet d’antiques en partie exposé dans la galerie du musée-bibliothèque, place de Verdun. Cet ensemble, conservé par le musée lorsque la bibliothèque quitte le musée-bibliothèque, forme aujourd’hui une partie de ses collections égyptiennes.

 

Musée-bibliothèque : allégorie de la Philologie. Photographie de Sylvain Frappat. Ville de Grenoble
Musée-bibliothèque : allégorie de La Philologie
Photographie de Sylvain Frappat/Ville de Grenoble

 

Musée-bibliothèque : étude préparatoire pour la peinture allégorique de La Philologie, dessin de Diodore Rahoult, R.9683 (2) (11) Rés.
Musée-bibliothèque : étude préparatoire pour la peinture allégorique de
La Philologie
Dessin de Diodore Rahoult
R.9683 (2) (11) Rés.

 

Musée-bibliothèque : étude préparatoire pour la peinture allégorique de La Philologie, dessin de Diodore Rahoult, R.90513 (2) (80/2) Rés.
Musée-bibliothèque : étude préparatoire pour la peinture allégorique de
La Philologie
Dessin de Diodore Rahoult
R.90513 (2) (80/2) Rés.

 

Cette peinture murale et le dessin préparatoire qui l’accompagne sont ceux de la figure allégorique La Philologie, située dans la galerie de la bibliothèque au sein du musée-bibliothèque. Pour évoquer cette discipline, l’étude des langues, l’artiste Diodore Rahoult (1819-1874) choisit de représenter un sphinx (à gauche) et la pierre de Rosette (à droite). Il fait ainsi directement référence aux travaux de Champollion.

 

Notre Dame Réconciliatrice à Grenoble. Photographie de Sylvain Frappat. Ville de Grenoble
Notre-Dame Réconciliatrice, Grenoble
Photographie de Sylvain Frappat/Ville de Grenoble

 

Le goût pour l’Égypte et l’Orient trouve des traductions artistiques et notamment architecturales. La Casamaures, une maison en béton achevée en 1867 et située à Saint-Martin-le-Vinoux, en constitue l’un des plus beaux exemples. Moins connue, la chapelle Notre-Dame Réconciliatrice, datant de 1876, en est aussi une belle illustration avec ses arcs outrepassés et ses décors arabisants en ciment moulé.

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