Le musée-bibliothèque

 

Un monument pour deux institutions

 

Le musée-bibliothèque, achevé en 1872, est pensé et construit pour abriter deux institutions patrimoniales phares de la ville : la bibliothèque, fondée en 1772, et le musée, créé en 1798. Tous deux étaient installés jusqu’ici dans une partie de l’actuel collège-lycée Stendhal. La conception de l’ambitieux bâtiment du musée-bibliothèque, débattue localement par une commission consultative, associe étroitement les directeurs de la bibliothèque, Hyacinthe Gariel, et du musée, Alexandre Debelle.

 

Louis-Joseph Jay, Pd1 Jay, Louis-Joseph (1)
Louis-Joseph Jay, Pd1 Jay, Louis-Joseph (1)

 

Louis Joseph Jay est nommé par le docteur Gagnon, le grand-père de Stendhal, professeur de dessin et d’histoire de l’art à l'École centrale de Grenoble (actuel collège-lycée Stendhal) où le futur écrivain suit ses études. Peintre lui-même, Jay réalise notamment les portraits de ses collègues. D’après le jeune Stendhal, il est « sans l’ombre de talent » comme peintre, mais en tant que professeur, « il nous enflammait ». En 1801, Jay devient le premier directeur du musée de Grenoble. Cette année-là, il compte parmi ses élèves un jeune garçon de 11 ans arrivant de Figeac, Jean-François Champollion.

 

Alexandre Debelle, par Jules Bernard, extrait de L'actualité dauphinoise illustrée, 17 mars 1889, Pd.1 Debelle, Alexandre (1)
Alexandre Debelle
Dessin de Jules Bernard
Extrait de L'actualité dauphinoise illustrée, 17 mars 1889
Jd.537

 

Alexandre Debelle (1805-1897) dirige le musée entre 1853 et 1887. Il est peintre, dessinateur et lithographe. Plusieurs de ses œuvres sont conservées au musée de Grenoble et dans les collections de la bibliothèque d’étude et du patrimoine.

 

Hyacinthe Gariel, par Édouard d'Apvril, extrait de L’actualité dauphinoise illustrée, 7 avril 1889, Pd.1 Gariel, Hyacinthe (3)
Hyacinthe Gariel
Dessin d'Édouard d'Apvril
Extrait de L’actualité dauphinoise illustrée, 7 avril 1889
Jd.537

 

Hyacinthe Gariel (1812-1890), directeur de la bibliothèque entre 1848 et 1882, donne une impulsion décisive à l’établissement. Il mène une politique suivie d’accroissement des fonds et obtient notamment le don de plusieurs manuscrits de Stendhal parmi lesquels Vie de Henry Brulard. Il crée le fonds dauphinois en réunissant tous les documents relatifs à l’histoire locale. Reconnu aujourd’hui comme l’une des richesses de la bibliothèque, ce fonds continue à être complété par les bibliothécaires grâce à des achats et de nombreux dons.

 

Musée-bibliothèque : coupe transversale, dessiné par Favier et gravé par Félix Penel, extrait de  l’Encyclopédie d’architecture, Pd.4 (113)
Musée-bibliothèque : coupe transversale
Dessin de Favier et gravure de Félix Penel
Extrait de l’Encyclopédie d’architecture
Pd.4 (113)

 

Le projet du musée-bibliothèque, qui mobilise une part conséquente des finances de la municipalité, revêt aussi un rôle urbain. Il participe à la cohérence architecturale et à la monumentalité souhaitée pour l'aménagement de la place d’Armes (actuelle place de Verdun). Aussi, sa réalisation est-elle confiée en 1862 à l'architecte parisien Charles-Auguste Questel, chargé de la construction de la préfecture voisine. Questel reprend les propositions de distribution intérieure faites par Gariel et Debelle : le musée et la bibliothèque se partagent le bâtiment dans le sens de la longueur à partir d’un vestibule commun. Des deux galeries souhaitées par les directeurs, seule celle de la bibliothèque est réalisée tandis que le musée est doté de trois salons en enfilade.

 

Musée-bibliothèque : élévation principale, plan aquarellé de Charles Questel, R.7111 (250)
Musée-bibliothèque : élévation principale
Plan aquarellé de Charles Questel
R.7111 (250)

 

La façade actuelle du musée-bibliothèque n’est pas identique à ce dessin proposé par l'architecte. En effet, la forme du perron a été modifiée et des sculptures se sont substituées aux fenêtres de la partie supérieure. La commission consultative les jugeait disgracieuses. À la demande de cette dernière, les décors extérieurs ont été concentrés sur la façade principale contrastant avec la sobriété des élévations latérales.

 

Musée-bibliothèque : vue d’ensemble, cliché Emile Duchemin, Pv 13x18 Duchemin O.h05
Musée-bibliothèque : vue d’ensemble
Photographie d'Emile Duchemin
Pv 13x18 Duchemin O.h05

 

Dans les années 1860, l’usage du métal en architecture s’affiche dans les constructions industrielles, mais reste à quelques exceptions près dissimulé dans les édifices nobles. Le musée-bibliothèque, bâti en pierre de différentes provenances, est doté d’une charpente métallique de type Polonceau. Celle-ci, non visible, est placée entre la toiture et deux rangées de cinq coupoles qui assurent l’éclairage zénithal des galeries.

 

Musée-bibliothèque : charpente métallique, cliché Émile Duchemin, Pv 13x18 Duchemin O.h29
Musée-bibliothèque : charpente métallique
Photographie d'Émile Duchemin
Pv 13x18 Duchemin O.h29

 

L’intérieur du musée-bibliothèque présente un important programme décoratif réalisé en partie par l’artiste dauphinois Diodore Rahoult (1819-1874). La galerie de la bibliothèque est ornée de figures allégoriques, dont L’Histoire et La Mécanique, signées par l’artiste. La bibliothèque et le musée de Grenoble conservent les études et les cartons finaux de ces décors.

 

Le musée-bibliothèque : allégorie de L'Histoire. Photographie de Sylvain Frappat. Ville de Grenoble
Le musée-bibliothèque : allégorie de L'Histoire
Photographie de Sylvain Frappat/Ville de Grenoble

 

Musée-bibliothèque : étude préparatoire pour la peinture allégorique de L’Histoire, par Diodore Rahoult, R.9683 (2) (5) Rés.
Musée-bibliothèque : étude préparatoire pour la peinture allégorique de L’Histoire
Dessin de Diodore Rahoult
R.9683 (2) (5) Rés.

 

Musée-bibliothèque : étude préparatoire pour la peinture allégorique de L’Histoire, par Diodore Rahoult, R.90513 (2) (36) Rés.
Musée-bibliothèque : étude préparatoire pour la peinture allégorique de L’Histoire
Dessin de Diodore Rahoult
R.90513 (2) (36) Rés.

 

Le musée-bibliothèque : allégorie de La Mécanique. Photographie de Sylvain Frappat. Ville de Grenoble
Le musée-bibliothèque : allégorie de La Mécanique
Photographie de Sylvain Frappat/Ville de Grenoble

 

Musée-bibliothèque : étude préparatoire pour la peinture allégorique de La Mécanique, par Diodore Rahoult, R.9683 (2) (9) Rés.
Musée-bibliothèque : étude préparatoire pour la peinture allégorique de La Mécanique
Dessin de Diodore Rahoult
R.9683 (2) (9) Rés.

 

Musée-bibliothèque : étude préparatoire pour la peinture allégorique de La Mécanique, par Diodore Rahoult, R.90513 (2) (34/1) Rés.
Musée-bibliothèque : étude préparatoire pour la peinture allégorique de La Mécanique
Dessin de Diodore Rahoult
R.90513 (2) (34/1) Rés.

 

Au moment de la construction du bâtiment, le débat sur l’organisation des bibliothèques porte sur le fait de séparer ou non les magasins – lieu de stockage des collections – et les salles de lecture. Hyacinthe Gariel propose pour la bibliothèque la réalisation d’une grande galerie ouverte au public qui abrite les ouvrages sur ses pourtours et les pièces rares dans des vitrines. Les salles de lecture sont logées dans des pièces annexes.

 

Musée-bibliothèque : grande galerie de la bibliothèque, cliché Émile Duchemin, Pv 13x18 Duchemin O.h21
Musée-bibliothèque : grande galerie de la bibliothèque
Photographie d'Émile Duchemin
Pv 13x18 Duchemin O.h21

 

À l’étroit, la bibliothèque déménage en 1970 dans le bâtiment qu’elle occupe aujourd’hui, alors laissé vacant par la bibliothèque universitaire. Le musée s’installe place Lavalette en 1992. Le musée-bibliothèque, protégé Monuments historiques, constitue un très bel exemple des « temples » dédiés à la culture élevés dans la tradition du Second Empire.

 

Le musée-bibliothèque. Phtographie de Sylvain Frappat. Ville de Grenoble
Le musée-bibliothèque
Photographie de Sylvain Frappat/Ville de Grenoble

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